Irak : quand la terre des chrétiens assyriens continue d’être volée

8 juillet 2026

Depuis des décennies, les communautés chrétiennes assyriennes d’Irak subissent une spoliation méthodique de leurs terres. Constructions illégales, saisies administratives, projets de barrages menaçant des villages entiers : la pression sur ce qu’il reste de présence chrétienne en Irak ne faiblit pas. Récemment encore, des manifestants assyriens rassemblés à Duhok ont été empêchés par les forces de sécurité kurdes de faire entendre leur voix.

 

Une spoliation ancienne, des chiffres qui donnent le vertige

La confiscation des terres appartenant aux chrétiens assyriens d’Irak n’est pas un phénomène récent. Elle s’inscrit dans une logique de long terme, documentée depuis plusieurs décennies. Selon l’organisation de radiodiffusion nationale assyrienne, plus de 22 000 hectares de terres chrétiennes répartis dans 82 villages ont été saisis entre 1961 et 2013. Un rapport indépendant recense par ailleurs plus de 130 saisies illégales dans des villages chrétiens, rendues possibles par l’implication active ou le silence complice des autorités du Gouvernement régional du Kurdistan (GRK).

Les méthodes varient : constructions illégales de maisons sur des terrains qui ne leur appartiennent pas, expropriations administratives sans indemnisation, ou encore abrogation pure et simple de lois censées protéger les propriétés chrétiennes. En 2020, ce sont 117 familles assyriennes qui ont perdu l’accès à 80 % de leurs terres après l’abrogation d’une telle loi par le GRK.

Le cas de l’aéroport international d’Erbil illustre bien cette réalité. Construit sur des terres agricoles confisquées à des familles assyro-chaldéennes, il a été agrandi en 2021 par la saisie, sans préavis, de 1 000 dunams de terres agricoles supplémentaires à proximité. Pour les familles concernées, aucune compensation, aucun recours.

Un plan de saisie plus récent, révélé en 2026, prévoit la confiscation de 370 hectares de terres assyriennes à Bakhetme et dans les environs. Parallèlement, plusieurs projets de barrages en cours de construction à Bakrman, Dalia et Mandawa menacent de faire disparaître plusieurs villages assyriens, avec à la clé un déplacement forcé et potentiellement définitif de leurs habitants.

Duhok : manifester au risque d’être arrêté

Face à cette situation, les chrétiens assyriens ne restent pas silencieux. Un rassemblement a récemment eu lieu devant le siège du gouvernorat de Duhok pour exiger la fin de ces violations, largement portées par des villages situés en dehors de la ville elle-même. Des habitants venus de la plaine de Ninive ont toutefois été empêchés d’y participer, bloqués à des checkpoints par les forces de sécurité du Parti démocratique du Kurdistan (PDK).

Ce conflit foncier s’enracine dans une promesse ancienne et non tenue : celle du retour des terres aux villageois assyriens après le soulèvement de 1991. Nombre d’entre eux affirment que les terrains qui devaient leur être restitués sont restés aux mains de figures tribales influentes, tandis que plusieurs comités créés à Erbil et à Duhok pour trancher ces litiges n’ont, dans leur grande majorité, jamais abouti.

Une présence chrétienne mise en péril

Au-delà des chiffres, c’est la pérennité même de la présence chrétienne en Irak qui est en jeu. Chaque hectare confisqué, chaque village menacé de submersion par un barrage, chaque famille privée de ses terres ancestrales fragilise un peu plus un peuple déjà exsangue après des années de persécution, d’exil et de guerre.

SOS Chrétiens d’Orient continue d’alerter sur cette réalité trop peu relayée, et de soutenir sur le terrain les communautés chrétiennes d’Irak dans leur combat pour rester sur leur terre.

Vous voulez soutenir les chrétiens d’Irak et les aider à rester sur leurs terres ? Faites un don à SOS Chrétiens d’Orient.