Crise politique et pression sur l’Église apostolique : que se passe-t-il en Arménie ?

11 février 2026

À l’approche des élections législatives de 2026, l’Arménie traverse une crise profonde. Conflit entre l’État et l’Église apostolique arménienne, fragilisation de l’identité nationale, prison à vie pour les dirigeants de l’Artsakh, tensions géopolitiques persistantes : le pays fait face à des défis majeurs. Dans ce contexte, le soutien est plus que jamais nécessaire.

 

Une crise politique qui touche au cœur de l’identité arménienne

L’Arménie entre dans une période décisive.

À l’horizon 2026, les élections législatives accentuent les tensions. Le bras de fer entre le gouvernement de Nikol Pachinian et l’Église apostolique arménienne dépasse le simple cadre institutionnel. Il s’agit d’une lutte sur la place de la tradition, de la foi et de l’identité nationale.

Depuis des siècles, l’Église apostolique arménienne est la gardienne de l’âme du peuple arménien. Elle a maintenu l’unité spirituelle du pays sous domination perse, ottomane, soviétique. Elle a protégé la langue, la culture, la mémoire. Sans elle, l’Arménie n’aurait probablement pas survécu en tant que nation chrétienne.

Aujourd’hui, cet héritage est fragilisé.

 

Une offensive judiciaire contre des évêques

À l’approche d’une assemblée épiscopale internationale prévue en Autriche du 16 au 19 février 2026, plusieurs hauts responsables de l’Église ont été placés sous contrôle judiciaire et interdits de sortie du territoire.

Six évêques et le secrétaire du Conseil spirituel suprême ont été désignés comme prévenus.

Les autorités invoquent une affaire liée à la contestation judiciaire d’une décision interne de l’Église. Pourtant, pour de nombreux observateurs, ces poursuites s’inscrivent dans une dynamique plus large. Les avocats des religieux estiment que ces mesures visent à empêcher la tenue du synode épiscopal.

Le père Movsès, secrétaire du Conseil spirituel suprême, s’interroge :

« N’y a-t-il donc pas de criminels dans ce pays ? Est-ce nous, les religieux, qui devons être convoqués ? »

L’Église dénonce une atteinte à sa liberté institutionnelle. Elle parle d’un processus anti-ecclésial, en effet, les tensions entre le gouvernement et l’Église ne sont pas nouvelles.

Le Catholicos Garéguine II a adopté des positions fermes sur l’Artsakh, et il a exprimé à de nombreuses reprises son inquiétude face aux concessions faites à l’Azerbaïdjan. Or, pour une partie du pouvoir, cette posture gêne le processus de normalisation engagé par Erevan avec Bakou et Ankara.

Dans ce contexte, l’affaiblissement de l’Église apparaît comme un choix politique circonstanciel. Mais ce choix est lourd de conséquences. Car toucher à l’Église apostolique arménienne, ce n’est pas seulement affaiblir une institution religieuse. C’est fragiliser le socle identitaire du pays.

 

Prison à vie pour les dirigeants de l’Artsakh

Pendant que la crise interne s’aggrave, l’Azerbaïdjan a annoncé des condamnations extrêmement lourdes contre les dirigeants de l’Artsakh.

Plusieurs responsables politiques et militaires ont été condamnés à la prison à vie. D’anciens présidents de l’Artsakh ont écopé de 20 ans de détention. Ces décisions soulèvent de graves questions sur le respect du droit international et des droits humains.

La question des prisonniers arméniens reste centrale. Avant de quitter Erevan pour Bakou, le vice-président américain J.D. Vance avait promis d’évoquer leur situation. Mais à ce jour, aucune avancée claire n’a été communiquée.

Une société sous tension

Le climat social est fragile. Le paysage médiatique est profondément polarisé. La confiance envers les institutions se fragilise. Certains dénoncent une dérive autoritaire et une pression accrue sur les opposants.

Par ailleurs, les efforts de paix engagés par le gouvernement sont vécus, par une partie de la population, comme un renoncement. Beaucoup ont le sentiment d’être les victimes du processus de normalisation avec l’Azerbaïdjan et la Turquie. Dans ce contexte, l’Église arménienne apparaît pour beaucoup comme un repère stable alors que 98% de la population pratique le rite apostolique.

 

Un soutien européen encore timide

L’Union européenne a annoncé une aide de 30 millions d’euros sur deux ans pour renforcer les capacités logistiques des forces armées arméniennes. Le geste est symbolique. Mais il reste limité au regard des enjeux.

L’Arménie se trouve à un carrefour stratégique. Entre pressions régionales, blessures encore ouvertes liées à l’Artsakh et divisions internes, elle a besoin d’un soutien clair et durable.

L’Arménie est la première nation chrétienne de l’histoire. Son Église apostolique a permis au peuple arménien de survivre aux génocides, aux exils et aux occupations. Aujourd’hui encore, elle demeure un pilier d’unité. Face aux pressions extérieures et aux tensions internes, les Arméniens ont besoin du soutien des chrétiens belges et occidentaux.

Soutien spirituel. Soutien diplomatique. Soutien humanitaire.

Car défendre l’Arménie, c’est défendre une mémoire, une foi et une identité unique au monde.

SOS Chrétiens d’Orient intervient en Arménie depuis 2018. Nous soutenons la population arménienne et les réfugiés de l’Artsakh au quotidien. 

SOS Chrétiens d’Orient – Belgique vous invite à découvrir cette identité lors d’un concert le 27 février qui aura lieu à l’église Sainte-Catherine de Bruxelles, à 20h30. « Souffle d’Arménie », vous permettra de découvrir la richesse et la particularité de la spiritualité arménienne.

Si vous souhaitez participer, inscrivez-vous, ici ou en cliquant sur le bouton « Je m’inscris au concert »

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