Et si deux mois suffisaient à changer un regard sur le monde ? Valérie, volontaire belge, a choisi de consacrer une partie de son temps à SOS Chrétiens d’Orient, au cœur du Liban. De Beyrouth à Mina, en passant par les ruelles de Tripoli et les monastères de la montagne, elle a partagé le quotidien des chrétiens d’Orient au Liban. Elle a rencontré un peuple éprouvé, mais debout. Voici son témoignage.
« Il est 23h lorsque j’atterris à l’aéroport de Beyrouth. Tout se déroule simplement. Alex, un volontaire de SOS Chrétiens d’Orient m’attend comme prévu et me conduit vers notre chauffeur de taxi. Tandis que nous échangeons quelques tranches de nos vies respectives, la voie rapide défile sous les lumières orangées. De grands portraits de leaders du Hezbollah bordent la route. Peu à peu, le paysage urbain se resserre.
Cela faisait des années que je désirais partir en mission. Mais la vie de famille, le travail, la dispersion du quotidien avaient relégué ce projet à plus tard. Mon retour à la foi, un parcours en pastoral et en théologie, et peut-être aussi l’âge qui avance, ont ravivé ce vieux désir : partir servir à l’étranger. SOS Chrétiens d’Orient était l’association dont les valeurs résonnaient le plus en moi.
Je savais aussi que je serai la doyenne. Lors de la formation, les anciens volontaires venus témoigner avaient entre 18 et 25 ans. J’avais marché deux mois et demi sur le chemin de Compostelle, où l’âge compte peu. Alors, go ! Yalla ! comme on dit ici.
J’ai passé deux mois au Liban : dix jours à Beyrouth, puis le reste de ma mission à Mina, une petite ville qui jouxte Tripoli, à environ 80 kilomètres au nord de la capitale. Deux expériences très différentes, mais toutes deux humainement et spirituellement intenses — dans la vie communautaire avec les volontaires, comme dans ma rencontre avec les Libanais.
Ce petit pays montagneux au bord de la Méditerranée m’a chaviré le cœur. Les libanais que j’ai rencontrés m’ont donné une véritable leçon d’humanité et de charité.
À Beyrouth, ville dense et vibrante, il n’y a pas de transports en commun, pas de service postal digne de ce nom. Le système D règne. La circulation semble chaotique et incessante, mais elle obéit en réalité à un code d’honneur tacite, fait de respect mutuel et de liberté responsable plus que de règles rigides. Et grande surprise pour moi : la fierté d’être libanais -le drapeau est souvent exhibé- et l’amour sincère que les Libanais expriment pour la France, dans un français souvent impeccable. Beaucoup de chrétiens ont quitté le Liban depuis les années 60-70, et notamment avec la guerre civile et la crise économique. Ils sont devenus minoritaires. Malgré tout, les cloches continuent de sonner, parfois en même temps que le muezzin, l’appel à la prière des musulmans, et les églises sont toujours remplies.
Les conversations avec Amale et son papa, avec Saada, ou encore avec des flâneurs au parc des Jésuites où nous offrons du café, me révèle combien ce peuple a souffert — et souffre encore — tout en conservant un optimisme à toute épreuve. Leur foi est viscérale, inébranlable. Les mazars, petits sanctuaires dédiés principalement à la Vierge Marie, mais aussi à Jésus ou à Saint Charbel, saint ermite et saint des miracles du Liban, jalonnent les quartiers, les routes et les villages chrétiens. Là où, en France, on plante des éoliennes, ici on dresse de grandes croix blanches sur les sommets.
Je me souviens particulièrement de ma première visite chez Amale qui vit avec son père malade dans un petit appartement de trois pièces. Elle nous invite à dîner. Son père, qui ne parle pas français, nous sourit toute la soirée et nous envoie des baisers de la main. Amale nous raconte sa famille, la perte brutale de leurs économies avec l’effondrement bancaire. Elle évoque aussi son frère, plus attiré par les plaisirs de la vie que de l’aider ou de fonder une famille, et ses yeux s’embuent un instant. Mais très vite, son sourire revient. Nous prions et bénissons le repas : un moment d’une sincérité émouvante.
Après dix jours à Beyrouth, je rejoins l’antenne de Mina, petite ville balnéaire qui jouxte Tripoli, majoritairement sunnite. Nouveau lieu de vie, nouvelle équipe. Nous vivons dans une maison avec une cour intérieure et un jardin où trône un citronnier chargé de fruits. Je suis responsable de la logistique, mission qui me réjouit : prendre soin du lieu de vie, c’est aussi prendre soin de la communauté.
Nous sommes au cœur de la vieille ville. Les ruelles sont si étroites que seuls les scooters s’y faufilent. Ici, nous nous rendons souvent à nos activités à pied. Certains jours sont plus chargés que d’autres, et il m’arrive de me demander si je fais assez. Mais j’apprends vite que l’important n’est pas seulement de faire. Il y a la présence fidèle, les liens tissés au fil du temps, souvent facilités par Gaby, notre guide local et traducteur, car le français est moins répandu ici qu’à Beyrouth.
Chaque mardi matin, nous donnons des cours de français à des enfants du primaire du Collège Saint Coeur. Leur enthousiasme quand ils nous voient arriver, leur joie de se souvenir de nos prénoms, réchauffent le cœur. Nous rendons aussi visite aux personnes de la maison de retraite à deux maisons de chez nous : parties de UNO, chansons françaises demandées par Joumana, cake au citron de notre jardin partagé dans la bonne humeur.
Au monastère de Kfifan, où reposent saint Hardine et le bienheureux Estephan Nehme, nous participons à la taille des oliviers et à l’enseignement du français, des activités rythmées par un temps de prière à la chapelle avant le déjeuner avec la communauté. Un moment de grande paix et d’échanges sereins loin du tumulte de la ville. Nous aidons aussi la joyeuse équipe d’Al Tawarek à réapprovisionner leur épicerie solidaire qui sert plus de 600 familles démunies. À Wahat Al Farah, ONG dédiée aux enfants et adultes handicapés, la salle de travaux manuels de Mme Cathy respire créativité et douceur paisible ; les élèves viennent aussi y chercher un sourire, une présence, un geste d’affection. Nous y passons un moment d’échange sur les nouveautés réalisées, les progrès accomplis et les petits défis du quotidien, dans une atmosphère de bienveillance et de partage.
Il y a aussi Jojo et Alice à qui nous rendons visite chaque semaine. Nous prenons de leurs nouvelles autour d’un café et faisons le ménage régulièrement. Leur accueil chaleureux malgré les difficultés me met toujours du baume au cœur. Et tant d’autres visages qui habitent désormais ma mémoire.
Le temps de mission, c’est aussi la rencontre avec les volontaires — et avec soi-même. Avec un espace privé restreint et une liberté de mouvement limitée, la vie communautaire est exigeante. Mais elle devient un chemin d’humilité, d’écoute et de partage.
Merci aux volontaires de Beyrouth, à Alex et Aleth pour l’accueil mon premier jour, à Erwan, Agathe, Mado, Jeanne et Jacques pour les partages.
Merci plus particulièrement aux volontaires de Tripoli :
Merci à Jeanne pour son aide attentive dans le suivi des messes traditionnelles et locales.
Merci à Guillaume pour les balades matinales sur la corniche.
Merci à Lucile pour son efficacité tranquille.
Merci à Alex, nouveau venu dans l’équipe, pour son énergie et son engagement inspirants, et ses talents de chef !
Merci à Gaby pour les cours d’arabe et de cuisine, et les balades découverte à Mina.
Enfin, j’ai beaucoup prié. Le temps de mission est un temps privilégié de rencontre avec Dieu : dans la prière quotidienne, nos retraites spirituelles, la visite des monastères de Saint-Charbel, Sainte-Rafqa et Kfifan. Servir, c’est aussi se laisser transformer.
Je suis partie pour donner un peu de mon temps. Je reviens le cœur un peu plus élargi, touchée par la foi des libanais, la dignité et l’espérance d’un peuple qui, malgré les épreuves, continue de se tenir debout. »



Vous aussi, partez en mission avec SOS Chrétiens d’Orient Belgique
Le témoignage de Valérie vous touche ? Vous ressentez, vous aussi, l’envie de partir servir — de donner de votre temps, de votre présence, de votre cœur ?
SOS Chrétiens d’Orient – Belgique envoie régulièrement des volontaires belges en mission au Liban, en Irak, en Égypte et dans d’autres pays où les chrétiens d’Orient vivent des situations difficiles.
Quel que soit votre âge ou votre parcours, il y a une place pour vous.











